elle me regarde longuement ,fixement puis prend une respiration et ferme les yeux

je me sens pas très à l'aise avec ce moment off

"reparlez moi de votre complaisance à l'insatisfaction?"

je mesure ma réponse, ne veut pas bâcler le sujet 

"je n'ai pas une complaisance à proprement parler; on m'a éduqué pour rester toujours à ma place ,avoir une façade irréprochable,donc à taire mes sentiments,ma spontanéité, mes désirs comme mes angoisses"

"à qui  attribuez vous la responsabilité de cet état?"

"la réponse automatique est : à mes parents mais en fait je porte la charge, la culpabilité m'incombe ;j'ai accepté longtemps cet état;puis j'ai fui ,dans le sud puis encore plus loin au fond d'une Afrique qui souffrait"

"qu'avez vous fait alors?"

"rien, mon travail avec sérieux mais j'ai manqué le plus important : aller vers ceux qui souffraient ,j'avais emmené avec moi cette part non d'insouciance mais de dé responsabilisation"

"pourquoi?"

"parce que l'enfant roi que j'avais toujours été attendait toujours de l'autre quelque chose que lui même ne pouvait ni donner ni accueillir"

"cela vous faisait souffrir?"

"non pas de la souffrance immédiate , juste un sentiment ancré d'etre une bête curieuse ,à part ,presque monstrueux"

"à quoi pensez vous alors?"

" à une personne qui regarde le train partir sans lui bien qu'arrivé assez tot pour le prendre,je ne suis pas bien ailleurs,ni attiré par voir quelqu'un qui souffre;l'émotion existe, la compassion aussi, l'admiration pour les personnes qui s'engagent mais je ne me sens pas concerné,tout à mon ego "

"voulez vous qu'on parle de cela?

"non,ça c'est foutu"